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La nouvelle exposition de Ia Saatchi Collection~ confirme un intérprononcé pour es artistes britanniques, souvent figuratifs, au detriment de certaines avant-gardes: es peintres Lucian Freud et Frank Auerbach et le sculpteur Richard Deacon sont donc aux cimaises de ce lieu prestigieux. Pour autant, on s'interroge sur Ie devenir de cette grande collection, quand Ie groupe d'agences publicitaires Saatchi semble connaitre de trés sérieuses difficultés.
Par James Hyman

LUCIAN FREUD

Petit-fils de Sigmund Freud, Lucian Freud a quitté Berlin pour Londres en 1933, alors qu'il était encore tout jeune. Les ~uvres de Ia collection Saatchi embrassent Ia période qui va de 1942 a 1989 et illustrent avec evidence Ia preoccupation majeure de Freud: représenter Ia réalité. Des tableaux tels que ((Dead Monkey (Singe mort, 1944) sont empreints dune elegance réfléchie et `on peut y déceler un intérpour le surréalisme: pas Ie surréalisme de l'imaginaire ou de I'irrationnel, mais celui qui rehausse Ia réalité. Les toiles de Ia période 1940-1 950 sont souvent de petite taille et Ion peut y percevoir une attention extreme au detail. Dans es portraits, le moindre cheveu, Ia plus petite ride sont représentés avec fidélité, tandis que Ia fragilité des emotions transparait avec délicatesse.

C'est pendant cette période que Freud a découvert ce qui deviendra son theme de predilection: ceux qui lui sont proches et qu'iI connait intimement. Depuis, sa mere, ses enfants, ses amis et ses maitresses n'ont cessé de figurer dans ses toiles. L'homme est au centre de ses préoccupations. Son oeuvre est dominée par des portraits et des nus, et si Ia lumigriSe de Londres transpire dans ses tableaux, 1 n'a jamais représenté Ia yule en tant que teile.

L'oeuvre de Freud lui a valu d'baptisé le ((peintre réaliste Ie plus ratfiné actuellement en vie~. Les tableaux des années 70 et 80 sont empreints d'une Iégé aérienne et dune liberté expressive trgrandes. La peinture s'étale en larges traits et est appliquée avec generosite. La couleur n'est pas choisie pour sa beauté propre, mais en raison de sa proche parenté avec Ia couleur de Ia vie eIIe-mCes oeuvres témoignent d'une honntotale. Leurs propos n'est ni d'embellir, ni d'idéaliser; Ieur intérreside essentiellement dans Ia qualité du detail, non dans `aspect general.

Freud ne répugne pas a représenter Ia chair marquee de rougeurs, es veines et es art, des seins avachis ou des chairs boudinées, dont `aspect n'est pas particulierement attrayant. Les figures sont souvent isolées dans des pinues, Ia nuit, éclairées par une ampoule qui diffuse une lumiplate et r((Night lnterior~ (lntérieur nocturne, 1969-1970) en est un exemple typique. II fait nuit, Ia piest quasiment vide, 1 n'y a presque aucune ombre et l'ampoule se refldans Ia fenLe sujet ne peut échapper a `interrogation du peintre. Aucune ombre propice ose refugier. Mais en dépit de cette exposition, ces peintures sont souvent d'une grande élégance, comme le tableau a Ia fois gracieux et inquiétant intitulé ((Woman with a Bare Breasb (Femme au sein dénudé, 1970-72).

Dans es tableaux es plus récents de Freud, tels ((Two Men in the Studio), (Deux hommes dans l'atelier, 1987-89), et le délicat portrait dune de ses filles qui s'appelle ~Woman in Grey Sweater~ (Femme au chandail gris, 1988), Ia peinture est utilisée differemment, en fonction de Ia texture du sujet. Dans ce tableau, l'oreiller est traite avec de let delicats coups de brosse, Ia peinture etant étalée a plat. La texture du chandail est rendue par d'epais coups de brosse parall, tandis que ie visage, Ia main et Ie bras sont representes dans un epais mélange de carnations qui rapproche Ia peinture de Ia chair. Ces ~uvres récentes illustrent Ia maturité de Freud en tant qu'artiste et Ia subtilité de son regard scrutateur. Flies mettent `accent sur Ia capacité constante du peintre a émouvoir le spectateur.

LUCIAN FREUD

Published in 1990 / Connaissance des Arts

Essay by James Hyman